Dragoljub Micunovic, le président du Conseil politique du Parti démocrate
Pourquoi le président de la Serbie, Boris Tadic, n'était-il pas dans le pays le jour du dénommé meeting national "Le Kosovo est la Serbie", dès lors où il avait été débattu et convenu de ce que le meeting se déroulerait justement ce jour-là ?
- La visite en Roumanie avait été prévue plus tôt. Je n'ai pas compris que le président Tadic devait prendre la parole à ce meeting. Ici existe une tentative d'une petite manipulation. Au début, probablement n'y avait-il eu que des discutions dont l'objet était que plus ou moins tous les partis y aillent et appellent le peuple à la paix. Plus tard, cela a pris une dimension politique plus profonde et différente. Tadic ne pouvait pas être présent parce qu'il avait une visite d'Etat programmée.
Comment jugez-vous le meeting et le déchaînement des hooligans durant et après celui-ci ? Qui est responsable pour ces événement ?
- Le meeting n'a pas laissé une forte empreinte. Les discours étaient pleins de ferveur et de pathétisme, l'exaltation religieuse-nationale régnait. On n'a pas entendu de véritables messages politiques. De plus, tout cela s'est achevé par un service de prière dans lequel l'évêque a contribué au ton pathétique. Cela devait être un de ces rassemblements dans lequel aurait été exprimé le mécontentement relativement à ce que nous avons déjà dit tant de fois. Cependant le risque était grand. Il était parfaitement clair que ceux que l'on appelle désormais les hooligans attaqueraient les ambassades et qu'il y aurait de la casse. J'ignore si ce ne sont là que des hooligans et s'il existe un quelconque système organisé, c'est ce que l'enquête montrera. Reste à élucider quelle partie du Gouvernement a décidé qu'il fallait protéger les ambassades. Nous pouvons subir de gros dommages aussi bien matériels que politiques, car la crédibilité des autorités est mise à mal si elles ne sont pas en mesure de protéger les ambassades des pays. La responsabilité incombe à celui qui a organisé le meeting, avant tout le Gouvernement et les partis qui s'étaient rangés derrière lui. Le texte du Conseil de sécurité des Nations Unies qui a été adopté à l'unanimité, sans le veto russe, se prononce clairement contre l'emploi de la force et sur la responsabilité du Gouvernement ; il faut prendre cela au sérieux et non pas laisser les porte-parole des partis mener la guerre avec les grandes puissances.
Le DS [1] et le G17 plus forment la majorité au Gouvernement. Quelle responsabilité incombe au DS ?
- Ceci n'était pas le programme commun du Gouvernement et c'est à lui de l'expliquer. Le Conseil politique du DS était opposé à un meeting organisé de la sorte, en craignant qu'il ne dégénère probablement en une mise en péril non seulement de l'ordre et de la paix, mais aussi peut-être dans des règlements de compte politiques qui étaient possibles en plein meeting.
Par conséquent, le DS était conscient du danger. Comment peut-on empêcher les violences et pouvait-on annuler le meeting ?
- Il n'était pas possible d'annuler le meeting parce qu'il avait été annoncé avec beaucoup d'ardeur aussi bien par le DSS que le SRS et le SPS. [2] Il est manifeste que la majorité du Gouvernement n'en a pas décidé. La question demeure de savoir pourquoi il n'y a pas eu 1.000 policiers dès le début du meeting devant les ambassades pour lesquelles on savait par avance qu'elles étaient visées. C'est une énorme omission du Gouvernement. Il reste les implications politiques et la question de savoir qui voulait quoi. Il y en avait qui souhaitaient dramatiser pour des raisons extérieures et intérieures. Pour qu'à l'intérieur soit créé un sentiment d'insécurité et que nous ayons à recourir à des mesures extraordinaires. Cela concerne tous ceux qui ont prôné l'état d'urgence et ceux qui l'ont tacitement approuvé. D'un autre côté, il y a eu les politiciens qui ont tenté de justifier la violence en relativisant son importance. Nous allons en discuter au DS et faire savoir que créer des tensions est hors de mise, qu'il faut arrêter et en revenir à des mesures rationnelles.
Est-on là dans une situation où le DS envisage les relations dans la coalition avec le DSS ?
- C'est une question que poseront probablement les membres du Gouvernement. Ce n'est pas à moi d'en parler.
Allez-vous soulever cette question au sein du parti ?
- Le Conseil politique a déjà fait savoir ce qu'il pense du meeting et du fait que nous ne puissions renoncer au programme qui est le nôtre. Nous devons poursuivre le dialogue avec l'Europe et l'intégration européenne, ce qui n'a pas d'alternative.
Quel est le point extrême, autrement dit que doit faire de plus le DSS pour que le DS quitte le Gouvernement ?
- Demander l'état d'urgence, continuer l'escalade dans les heurts aussi bien ici qu'au Kosovo, poursuivre la violence au lieu du dialogue et rompre toute communication avec l'Europe. Nous devinons bien que c'est ce qu'ambitionnent certains partis politiques. Le DS, à coup sûr, n'acceptera rien de cela.
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[1] DS : le Parti démocrate
[2] DSS : le Parti démocratique de Serbie - SRS : le Parti radical serbe - SPS : le Parti socialiste de Serbie
Article paru sur le site de "Danas" et daté d'aujourd'hui (23-02-08)